Éditorial 96

Lancé par l’URSS en 1961, le programme Venera fut la première grande entreprise d’exploration de Vénus. Ses sondes accomplirent plusieurs premières : entrée dans l’atmosphère d’une autre planète, atterrissage réussi, transmission depuis sa surface et premières photographies du sol vénusien. Point culminant du programme, Venera 13, lancée en octobre 1981, se posa le 1er mars 1982. Conçue pour résister à une pression proche de 90 atmosphères et à une température d’environ 460 °C, elle fonctionna durant 127 minutes, bien au-delà des prévisions. Elle transmit des panoramas en couleurs et analysa directement le sol, fournissant des données exceptionnelles sur cet environnement infernal.

Quarante-quatre ans plus tard, l’été 2026 s’est imposé comme celui de tous les dangers : canicules à répétition, multiplication des feux de forêts, jamais sans doute les conséquences du réchauffement climatique ne s’étaient faites sentir aussi fortement pour un pays, la France, qui se croyait encore relativement épargné en raison de ses latitudes moyennes. De quoi nourrir l’éco-anxiété voire de réactiver, aux yeux de certains, la peur de la « Condition Vénus ». Petit retour en arrière : en 2001, Norman Spinrad publiait dans la collection « Imagine » de Flammarion le roman Bleue comme une orange, centré sur le réchauffement climatique, et dans lequel il imaginait que Vénus pourrait représenter l’avenir de la Terre. En 2004, Alain Pelosato, bien connu du milieu de la science-fiction, s’associait à Alain Castelbord et Alain Coustou pour publier chez Eons l’essai L’effet Vénus : vers un emballement de l’effet de serre ?

Sans préjuger de la pertinence de ces scénarios, ils illustrent, en s’appuyant sur la meilleure connaissance scientifique que l’on a désormais de la planète Vénus, tout ce que cette planète proche de la nôtre incarne en termes de repoussoir. Vénus, c’est un peu l’anti-Terre. Et pourtant, elle fut longtemps une source de rêve et de mystère. Elle nous accompagne depuis que l’on sait regarder un ciel de crépuscule, nous faisant signe en étant toujours la première à apparaître. Dissimulée sous son épaisse couche nuageuse, elle a nourri l’imaginaire des premiers auteurs de ce qui ne s’appelait pas encore la science-fiction, André Mas y envoyant les Allemands coloniser le territoire (1914) tandis que Edgar Rice Burroughs y situait les aventures de son héros Carson Napier (années 1930).

Moins populaire pourtant que Mars, elle méritait bien un dossier digne de ce nom. Meddy Ligner a brillamment relevé le défi. Outre un point scientifique sur la planète, apporté par Emmanuel Marcq, maître de conférences à l’Université de Versailles Saint-Quentin en Yvelines, nos lecteurs profiteront d’un aperçu solide sur « Vénus dans la fiction », avant de découvrir trois nouvelles inédites écrites par Xavier Dollo, Christian Léourier et Meddy Ligner. De quoi envisager Vénus autrement que comme notre pire cauchemar.

Mais il n’y a pas que Vénus dans ce numéro de Galaxies. Il y a aussi la très belle nouvelle de Ludovic Bostral : « Lume Saudade » : dans une Afrique devenue terre d’accueil des réfugiés américains, des enfants traumatisés détournent les souvenirs fabriqués par une IA pour inventer leur propre mémoire collective. Remarquons en passant que cette édition du Prix le Bussy élargit celui-ci à toute la francophonie, puisque deux des auteurs sélectionnés au moins vivent l’un au Togo et l’autre en Haïti. Nous réussissons le pari de l’élargissement aux SF du monde ! Et pour l’Ukraine aussi, avec dans ce numéro, deux participations : une nouvelle de Veronica Volynska :

« La maison où nous ne pouvons pas vivre » et une belle critique cinématographique.. Plus encore : un texte de Loïc Henry : « Les Pirates du destin » et last but not least, une nouvelle précieuse de Jean-Pierre Andrevon : « Le long Voyage ». Et encore les chroniques que vous aimez retrouver. Bon, on peut vraiment vous souhaiter Bonne lecture !

Pierre Gévart et Jean-Guillaume Lanuque

Le 25 août 2026