Editorial N°62

COMME UN AU-REVOIR QUI N’EST PAS UN ADIEU

Cet éditorial est le dernier que je signe en ouverture d’un MERCURY-GALAXIES. Rengainez vos mouchoirs, il ne s’agit ni d’un retrait honteux, ni d’une brouille avec qui que ce soit, ni surtout d’une précaution testamentaire. J’ai pris beaucoup de plaisir, avec tout de même pas mal de sueur au front, à composer, sous le regard de Pierre Gévart qui m’en avait fait la proposition, cette demi-douzaine de numéros annuels qui m’ont donné l’occasion, à travers autant de dossiers, de traiter des sujets que j’avais à cœur. Mais à cet exercice on s’épuise vite et, ce qui me reste cerveau n’ayant pas les dimensions de la bibliothèque de Babel, je crois être arrivé au bout de ma science. Sait-on jamais me direz-vous ? Certes. Mais à vue de nez je n’ai plus rien à dire en la matière, ce qui me force à ce pas de côté qui a bien entendu d’autres causes, le temps, qui nous presse et nous compresse en étant la principale puisque j’ai l’outrecuidance d’avoir encore dans ma besace un certain nombre de projets dans les domaines les plus divers qu’il me faudra bien caser dans les mois, les année qui s’ouvrent et que nul, moi le premier, ne saurait comptabiliser.

Mais il ne s’agit pas pour autant d’un retrait, moins encore d’une retraite, puisque je resterai présent au hasard des pages et des numéros à venir, pour une nouvelle, un dessin, et en tout cas pour mes chroniques cinéma qui vont, à partir de janvier, passer bi-mensuelles. En ce qui concerne le numéro que vous avez entre vos mains (ou sur l’écran de votre ordinateur), je ne prétendrai pas avoir fait le summum, il n’est rien de pire que l’auto-satisfecit, simplement ai-je voulu, en ces périodes de crise sociale et climatique, d’effondrement annoncé, de sixième extinction attendue et de collapsologie, rendre hommage à un auteur qui, avant bien d’autres, et même sans doute le premier, a lancé un nécessaire cri d’alarme qui résonne encore, 77 ans après Ravage, à des oreilles solidement colmatées par les boules Quiès de l’ignorance ou du déni. Je veux parler de Barjavel, dont le nom est inséparable de l’écologie, tout en n’ignorant rien de l’oubli qui peu à peu le couvre, ni bien entendu du dénigrement dont certains croient bon de l’accabler. Que ceux-là passent leur chemin. En ce qui me concerne, Barjavel m’a toujours accompagné, professionnellement et amicalement, et ce fut une grande joie, à l’occasion du modeste dossier qui justifie ce numéro, de reparcourir son œuvre chaleureuse et perspicace. Occasion aussi de lui rendre hommage par un dessin de couverture qui nous permettra de couper à la présentation du graphiste et, ainsi, de gagner une page.

Pour le reste, j’ai tenu à réunir quelques femmes dont j’apprécie le talent, Céline Maltère, Jeanne A Debats, Fabienne Leloup, non que je sois partisan de ce qu’on appelle aujourd’hui le genré — l’avenir, à supposer que nous en ayons un, n’appartenant pas un à sexe contre l’autre mais à l’humanité tout entière — mais parce qu’elles m’ont donné de bons textes, comme mes complices habituels Dominique Douay et Bruno Poschesci, de même que je voulais ne pas oublier Daniel Walter, trop tôt disparu (il est toujours trop tôt), en exhumant un de ses coups de tonnerre par lesquels il sut ébranler un monde de la sf en son temps passablement endormi. D’autres auteurs, et nos chroniques permanentes complètent ce numéro, dont je ne dirai pas davantage, rien n’étant plus agaçant, à mes yeux de lecteurs en tout cas, que de longuement déblatérer sur les pages qui suivent et que vous allez (en principe) lire.

Ici ou là, à bientôt !

Jean-Pierre Andrevon