EDITORIAL 53


Quand Jean-Pierre Fontana m’a proposé de travailler à un dossier sur la Science-fiction de Bibi Fricotin, et après les quelques secondes réglementaires de surprise auxquelles je m’étais donné droit, j’ai aussitôt plongé dans ma bibliothèque à BD pour en ressortir les albums reliés de des éditions Jeunesse Joyeuse, parmi lesquels Bibi Fricotin et les Martiens, BF et la Mousse Martienne, Le Nautilus, pour n’en citer que trois… Tout joyeux, comme la lointaine jeunesse dans laquelle, vers 1960, j’avais reçu lesdits volumes en cadeau de la main de ma voisine libraire qui, la pauvre, mettait la clef sous la porte, j’envoyais aussitôt un message enthousiaste à Jean-Pierre : J’en ai cinq, tu veux les scans ? Et lui : J’en ai vingt-cinq, je te scanne les autres… Bref, j’ai compris : une fois de plus je me la jouais Razibus Zouzou, et en la matière, c’était JP le patron. Alors, je te passe la parole, Patron !"

Merci Pierre ! Je me sens une auréole un poil au-dessus de ma calvitie.

Note toutefois que le Bibi en question n’a pas posé le pied sur la Lune comme son confrère et concurrent Tintin ; ç’eut été un raccourci idéal pour prendre le relai, raccourci que je vais tout de même emprunter, pour signaler que « L’Écran du souvenir » de ce numéro ne se privera pas d’y aller sur la Lune… ou dedans.

Ce nouveau numéro, en tous cas, nous l’avons voulu aussi éclectique en genres divers et variés qu’en rassemblement d’auteurs d’autrefois, d’aujourd’hui et de demain. Mais la science-fiction s’y taille la meilleure part avec pas moins de six récits… dont l’un d’entre eux attendait depuis des décennies d’être enfin traduit dans notre pays. Et c’est notre ami Bruno Pochesci qui s’y est employé. « Terreur dans l’espace », signé Renato Pestriniero, l’un des grands de la « fantascienza », n’est autre, en effet, que la nouvelle qui a permis à Mario Bava de réaliser le film cultissime La planète des vampires dont il est admis qu’il aurait influencé Ridley Scott pour son Alien. Les afficionados de Robert Young, l’un des auteurs majeurs de feues les revues du père Opta — Fiction et Galaxie —, seront, je l’espère, ravis de découvrir un texte inédit et… étonnant, « La machine à voyager dans le temps », oubliée en route par le précédent Galaxies-Mercury. Cette nouvelle, il faut le signaler, est magnifiquement servie par une nouvelle traductrice qui, j’en suis sûr, n’en restera pas à ce coup d’essai : Jennifer Jaffeux. Un nom à retenir ! Bruno Pochesci, encore lui, mais c’est une bien agréable habitude, nous gratifie de sa version d’une apocalypse nucléaire bien dans sa façon à nulle autre pareille : « Matriochka Tenebrarum », un titre à la manière de Dario Argento. Après un excellent premier roman Les larmes de Yada (Nestiveqnen), Lilie Bagage nous sert une mémorable dystopie qui démontre un véritable talent en devenir. Débutante comme nouvelliste mais non point comme romancière — cf. l’excellent Les portes d’Athion (ArmadA) —, Anne-Sophie Kindraich s’est essayée au récit court. Un plongeon dans le bain qui devrait la persuader à poursuivre. Enfin, pour un pur bonheur de lecture, Nina Allan est de retour dans nos pages grâce à notre ami Bernard Sigaud avec « La langue commune… ».

Deux nouvelles « insolites » s’intègrent à ce menu. Sofia Samatar d’abord, qui nous donne un mystérieux « Rendez-vous en Iram » que complète un poème en prose. L’auteure n’a pas son équivalent dans le petit monde de l’imaginaire. Raison évidente de l’inviter autant que faire se peut dans nos pages. Comme nous serions ravis d’inviter encore Stéphanie Soubrier, une étudiante dont le texte présent ici — « La clé des champs » — nous a été proposé là où ne nous l’attendions pas.

Et puisqu’il faut conclure, le « Service des affaires classées », initié par notre confrère et néanmoins ami Jean-Pierre Andrevon, responsable, comme d’habitude, des « Six mois de cinéma F et SF », offre à lire ou à relire « Un amour d’automne », splendide récit fantastique de l’une de nos grandes écrivaines, malheureusement disparue, Christine Renard. Un dossier lui sera prochainement consacré, et bien d’autres initiatives sont en préparation pour rappeler la modernité, l’élégance, la sensibilité et l’humanisme d’une auteure dont l’œuvre est à redécouvrir impérativement.

Ceci exposé, Pierre, le patron occasionnel te cède la plume pour que tu puisses conclure en beauté.

Alors, puisque tout est dit, il me reste à souhaiter à chacun une bonne lecture de ce numéro qui se termine comme tous les Mercury sur une revue complète des films du genre par Andrevon (la collection des Galaxies-Mercury vient ainsi, pour ceux qui ont la chance de la posséder, compléter sa monumentale encyclopédie : 100 ans et plus de cinéma fantastique et de science-fiction), et Franck (Zaïtchik) Jammes nous dit tout (et même un peu plus) sur les débuts de Star Wars en comic’s. Ah oui, une dernière chose : vous qui appréciez la belle écriture de Sofia Samatar : elle sera présente en personne à Amiens, cet été, pour la Convention européenne Nemo 2018.

Bon, cette fois : Bonne lecture !

 

Jean-Pierre Fontana et Pierre Gévart

25 mars 2018